Crise malienne/La Cedeao au pied du mur

Publié le par patricknguessan

Ouattara joue sa crédibilité

Alors que la situation se dégrade à Bamako et dans le nord du Mali, les chefs d’État de la Cedeao ont lancé un ultimatum de 72 heures aux putschistes à la junte militaire malienne. Ils menacent le pays d’un « embargo diplomatique et financier », si la junte ne rétablit pas l’ordre constitutionnel. La Cedeao joue sa crédibilité à 48 heures de l’expiration de cette menace

Empêchés d'atterrir à Bamako par une manifestation des partisans de la junte malienne, les chefs d'État ouest africains conduits par le  président en exercice de la Cedeao, Alassane Ouattara se sont réunis en urgence à huis clos à l'aéroport d’Abidjan. Dans la capitale économique ivoirienne, en présence notamment du médiateur dans la crise malienne, le président du Faso, Blaise Compaoré  et du président de l'Union Africaine Boni Yayi (Bénin), ils ont décidé le  jeudi 29 mars de lancer un ultimatum aux putschistes. La junte dispose donc d’un délai maximum de 72 heures», soit  le lundi 02 avril «au plus tard», pour rétablir l’ordre constitutionnel, auquel cas le Mali sera frappée par «un embargo diplomatique et financier», a déclaré le président de la Commission de la Cédéao, Désiré   Kadré Ouédraogo. Les sanctions de la Cedeao incluent une interdiction de voyager et un gel des avoirs dans la région pour les membres de la junte. Avec la fermeture des frontières, la fermeture de l'accès aux ports des pays côtiers de la zone et un gel des comptes du Mali à la banque centrale ouest-africaine (Bceao), elles visent clairement à une asphyxie du pays. Qui seront certainement lourde de conséquences pour la population. Pareil au cas ivoirien, la communauté internationale avait décidé d’imposer ces sanctions  pour isoler l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo. En dépit de sa défaite dans les urnes s’agrippait au pouvoir. De leur côté, les putschistes se sont institutionnalisés en adoptant une nouvelle Constitution. Le texte consacre la prééminence des militaires jusqu'aux élections présidentielle et législatives qui clôtureront la transition et dont la date n'est pas déterminée. Des élections auxquelles Aucun membre de la junte n'est autorisé à se présenter. Le  président Amadou Toumani Touré(ATT) s’est quant à lui exprimé  le mercredi 28 mars pour ma première fois depuis le coup d’État. Mais cette intervention médiatique n’a en aucun cas marqué son retour sur la scène politique. ATT a déclaré qu'il se trouvait « à Bamako » et qu'il n'était «pas prisonnier». Très évasif sur sa localisation exacte, ainsi que sur ses intentions politiques, il a ainsi semble hors jeu. Dans le même temps, la situation s’est dégradée à Bamako, comme dans le nord du pays. Le jeudi

29 mars, la rébellion touareg du Mnla, accompagnée du groupe salafiste Ansar dine de  Iyad Ag Ghali, a lancé une attaque sur la ville stratégique de Kidal, dans le nord-est du Mali. Les rebelles touaregs et les groupes islamistes armés qui menaient un assaut sur Kidal, dans le nord-est du Mali, ont pris  le vendredi 30 mars cette ville stratégique, a-t-on appris auprès de témoins."Les rebelles maîtrisent la situation", a affirmé un enseignant joint par l'AFP à Kidal. "Les gens d'Iyad (Ag Ghaly, chef du groupe armé islamiste Ansar Dine) sont entrés dans la ville, ils nous ont dit « circulez, n'ayez pas peur », a ajouté un autre fonctionnaire. Le Mnla menaçait également de prendre d’assaut la ville de Tombouctou. Les chefs d’Etat ouest-africains, par leur sortie, avaient-ils pris la juste mesure des choses ? le président en exercice de la Cedeao, Alassane Ouattara est face à une crise complexe en début de son mandat. Face au mur, le président Ouattara a-t-il les cartes pour dénouer cette crise ? La junte a aujourd’hui bon dos, elle qui se fait jour après jour un petit capital de sympathie. La part de soutien se renforcera et s’étendra si la Cedeao et l’Ua mettent du temps à matérialiser leurs projets. Est-il à la fois possible de « chasser» la junte du pouvoir à Bamako et de bouter hors des frontières nationales des rebelles qui ont violé l’intégrité du territoire ? Les plus à plaindre aujourd’hui, ce sont bien les chefs d’Etat membres de la Cedeao que les « nouveaux occupants illégaux » d’un Mali à la dérive. Pourquoi avoir tenu à aller à Bamako comme en territoire conquis, après avoir proféré des menaces à l’endroit de la junte ? Une mission du seul médiateur Blaise Compaoré n’aurait-elle pas d’abord permis de se faire une idée de la situation avant toute autre initiative ? D’ailleurs, en cas d’intervention, qui va financer ? L’Ua ? L’Occident ? Qui acceptera d’y envoyer ses troupes ? a ce niveau, les Etats-Unis ont déclaré que l’initiative militaire est à proscrire pour le moment. Dans quels délais ? Contre les rebelles ou la junte ? La sous-région sort à peine des tourments de la guerre ivoiro-ivoirienne. L’on panse encore les blessures issues des autres conflits fratricides, notamment au Liberia, en Sierra Léone et plus récemment en Guinée Bissau. Il faut éviter, à tout prix, de retomber dans des travers économiques sans fin. Surtout que les pays sahéliens font face à un déficit céréalier par suite d’une pluviométrie capricieuse. Or, le Mali qui en fait partie n’est pas à l’abri d’une économie désarticulée. La crise alimentaire s’installe progressivement, à la faveur de l’insurrection qui se développe. Les populations en fuite se dispersent dans les pays voisins, occasionnant ainsi de nouvelles difficultés. A quand le bout du tunnel ? Après les terribles vents de sable, les peuples du Sahel vont devoir affronter les pluies de la prochaine saison. Sans conteste, le calendrier du processus se trouve aujourd’hui plombé. Dans le climat actuel et vu la partition en cours du Mali, on ne voit pas comment organiser et réussir un scrutin présidentiel. Les Chefs d’Etat membres de la Cedeao n’ont aucun intérêt à voir un conflit tricéphale émerger dans un pays dont les dirigeants auront pourtant tout fait pour l’éviter.

PATRICK N’GUESSAN

 

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