Sylvain Miaka Ouretto, président par intérim du FPI: «Laurent Gbagbo n'est pas homme à se laisser abattre»

Publié le par patricknguessan

adn CNRDPar RFI

Que devient Laurent Gbagbo ? Est-il animé par une volonté de revanche ? Deux mois après son transfert à la prison de La Haye, aux Pays-Bas, l’ancien président ivoirien a reçu, lundi 6 février 2012, la visite de l’un de ses fidèles, Sylvain Miaka Ouretto, qui est aujourd’hui président par intérim du Front populaire ivoirien, le FPI. De passage à Paris, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Vous avez passé trois heures, ce lundi 6 février 2012, avec l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, dans sa prison de La Haye aux Pays-Bas. Comment va-t-il ?

Sylvain Miaka Ouretto : Il va bien et nous nous sommes même embrassés très fortement. Nous nous sommes jetés dans les bras l’un de l’autre. C’était vraiment émouvant.

RFI : Comment l’avez-vous trouvé ? Plutôt abattu ou plutôt combatif ?

S. M. O. : Pour le moment, Laurent Gbagbo n’est pas homme à se laisser abattre. C’est un homme combatif qui avait toutes ses idées en place et qui posait des questions sur tous les aspects de la vie nationale et même internationale.

RFI : Il écoute la radio ? Il regarde la télé ?

S. M. O. : Nous nous sommes retrouvés dans une petite salle close où je n’ai pas vu de télévision, de radio, mais peut-être que dans sa chambre, il y a la télé et la radio mais je n’ai pas accédé à sa chambre personnelle.

RFI : Quels sont les livres qu’il lit ?

S. M. O. : On n’en a pas parlé mais les derniers ouvrages qui ont été publiés sur sa vie, sur la vie politique nationale, je crois pouvoir dire qu’il en dispose. De plus, il m’a demandé si j’avais eu un exemplaire du livre de Charles Onana [Côte d’Ivoire : le coup d’Etat, aux éditions Duboiris, NDLR].

RFI : Vous avez donc passé près de trois heures avec Laurent Gbagbo ce lundi. Est-ce que ça veut dire que, malgré votre titre de président du FPI (Front populaire ivoirien), c’est toujours lui le vrai patron ?

S. M. O. : Ce serait trop prétentieux de dire qu'on met de côté Laurent Gbagbo, dans ce qui se passe. Non, ce ne serait pas juste. Il est le père fondateur du Front populaire ivoirien et ancien chef d’Etat. (...) Quels que soient le bagage et l’expérience que nous puissions avoir, nous avons besoin de lui. Donc pour moi, c’est encore l’occasion de venir puiser dans son expérience pour conduire la lourde charge qui se retrouve entre mes mains par la force des choses.

RFI : Il vous a fait des recommandations j’imagine ?

S. M. O. : Laurent Gbagbo n’est pas du genre à faire des recommandations. Il demande simplement comment ça se passe. C’est tout. Sinon, il ne donne pas de directives de façon rigide.

RFI : Des orientations ?

S. M. O. : Voilà. Il émet des opinions. Par exemple, moi je soulève quelques questions. Je dis : nous travaillons mais l’environnement devient de plus en plus étouffant parce qu’il y a trop de voix qui s’élèvent de gauche à droite et tout ça pour coordonner, ça pose problème. Il a dit : « Il faut être assez rigoureux parce que, quand même, le parti a une vie et c’est à toi qu’il appartient en tant que président du parti désormais de mettre de l’ordre dans la maison ».

RFI : Donc ça veut dire que ceux qui se revendiquent comme porte-parole, tels Justin Koné Katinan ou Assoa Adou, ne sont pas ses porte-parole ? C’est vous le vrai patron, c’est ça ?

S. M. O. : Je crois pouvoir dire que oui. Mais tous ceux que vous venez de citer, ce sont des camarades qui apportent quelque chose dans la lutte que nous sommes en train de mener.

RFI : Vous avez donc boycotté les législatives de décembre. Mais est-ce que vous allez boycotter aussi longtemps que vos amis politiques seront en prison ?

S. M. O. : Je ne souhaite pas cela au sens où nous avons posé des préoccupations objectives. La question de l’insécurité en Côte d’Ivoire, la question de la présence un peu partout d’hommes en armes qui terrorisent les populations, c’est un problème qui constitue une entrave sérieuse au bon déroulement du jeu démocratique.

RFI : Si la sécurité s’améliore, vous pouvez envisager d’aller aux élections locales ?

S. M. O. : C’est un des aspects de la question. Nous avons posé le problème aussi d’équilibrer la composition de la CEI, la Commission électorale indépendante. Ça n’est pas bon que cette Commission soit aussi déséquilibrée. Sur 31 membres de la Commission centrale, nous ne sommes représentés que par deux personnes. C’est ça, le problème de fond. Toutes les questions de listes électorales qui ont été réajustées - et nous n’avons pas été partie prenante dans le jeu - ce sont des préoccupations réelles. Donc que ces autorités tirent courageusement les leçons pour appeler à la discussion afin qu’on s’entende sur l’essentiel des règles du jeu. Si ceci est fait, nous nous considérons toujours comme un parti des élections puisque notre ligne fondamentale, c’est la transition pacifique à la démocratie.

RFI : Est-ce que vous avez vu un Laurent Gbagbo revanchard ?

S. M. O. : Pour Laurent Gbagbo, ce n’est pas la revanche. Pour peu que le pouvoir qui est en place autour du président Alassane Ouattara veuille faire son travail, Laurent Gbagbo va l’apprécier. C’est un jeu circonscrit dans le temps, c’est pour ça qu’on parle d’alternance. Selon notre Constitution, c’est cinq ans. Nous on se présentera aussi comme une alternative.

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