Le 11 avril 2011 comme aboutissement du 18 février 1992 [Professeur Dédy Séri FPI]

Publié le par patricknguessan

Camarades militantes et militants du FPI,

Responsables du FPI et du CNRD,

Mesdames et Messieurs les Journalistes, Mesdames et Messieurs les Invités,

Avant d’entrer dans le vif du sujet, qu’il me soit permis d’en livrer la substance, c’est-à-dire l’essentiel : entre les événements du 18 février 1992 et ceux du 11 avril 2011, il existe un rapport de continuité comme un lien de filiation. Je veux dire par là que la crise dite post-électorale qui a abouti à l’arrestation puis à la déportation de Laurent Gbagbo au TPI, n’est ni plus ni moins que le prolongement politique des événements du mardi 18 février ayant conduit, on s’en souvient, à l’emprisonnement du fondateur du FPI et de ses camarades à la MACA (Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan). Pour tout dire, la MACA hier et la CPI aujourd’hui, procèdent d’une même volonté et d’une même tendance : le refus violent et la négation farouche de la justice, de l’équité et de l’alternance démocratique. Ce refus et cette négation s’expliquent par ce qu’on appelle le désir d’éternité oligarchique : non seulement le PDCI hier et le RHDP aujourd’hui veulent gouverner seuls et donc sans partage ce pays, mais ils veulent le gouverner éternellement. C’est dans cette perspective que les années 1990, années d’émergence et de cristallisation des anathèmes et de toutes les formes d’ostracisme contre le FPI, le parti de Laurent Gbagbo a été traité de “parti d’imposteurs”. Comme Laurent Gbagbo et le FPI n’ont pas, selon leurs adversaires la légitimité naturelle de gouverner ; et comme ils ont accédé au pouvoir avec le soutien populaire des Ivoiriens, il fallait, sans délai, les chasser de là, par tous les moyens. D’où les tentatives de coup d’Etat rapidement muées en rébellion ; d’où la coalition des Houphouétistes hier opposés, aujourd’hui regroupés au sein du RHDP et ayant pour alliés extérieurs d’abord Jacques Chirac, ensuite Nicolas Sarkozy et leurs partenaires africains et occidentaux. Racisme idéologique et crise économique obligent. Si l’on met en perspective toutes les péripéties et les acteurs qui en sont responsables depuis le 18 février 1992 jusqu’au 11 avril 2011, on constate la même volonté oligarchique, la même violence, les mêmes alibis ou raisons fictives pour justifier la MACA et la CPI.

Ce qui précède nous autorise à affirmer qu’aujourd’hui plus qu’hier, la Nation ivoirienne est en péril.

Mon exposé s’articulera autour de trois parties.

Première partie : le 18 février 1992 comme conséquence du 30 avril 1990.

Deuxième partie : le 11 avril comme prolongement du 18 février.

Troisième partie : que faire pour conjurer le péril national ?

Première partie : Le 18 février 1992 comme conséquence du 30 avril 1990.

Pour comprendre et expliquer les événements du 18 février, il convient de présenter le contexte qui les a déterminés. Ce contexte est celui du multipartisme, lui-même découlant de la chute du mur de Berlin, c’est-à-dire de la fin de la Guerre Froide qui opposa des années durant, on s’en souvient, deux philosophies de gouvernance et deux types d’idéologie. Les chefs de file étaient, pour le Bloc de l’Ouest les Etats Unis d’Amérique et pour le Bloc de l’Est l’ex-Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Un auteur américain d’origine japonaise Francis Fukuama a pu écrire à ce propos: La fin de l’Histoire, entendez par là, la fin de l’Histoire ou du conflit Est-Ouest. Nous nous souvenons également que, sur la base du discours de La Baule, aucun pays africain ne pouvait s’attendre à la moindre aide s’il n’adopte le multipartisme. Cet avertissement du président Mitterrand n’est pas tombé dans des oreilles de sourd en Afrique. Et le vent du multipartisme souffla sur toute l’Afrique, balayant toutes les certitudes et autres théories sur les vertus du monopartisme. Ainsi que vous le savez, le président Félix Houphouët-Boigny accepta, bien malgré lui, la fin du parti unique, le 30 avril 1990 au grand dam de ses collaborateurs, mais à la satisfaction des oubliés trentenaires du PDCI-RDA. De même que l’effondrement du l’Union soviétique et la chute du Mur de Berlin ne signifiaient nullement la fin des idéologies, de même le retour du multipartisme en Côte d’Ivoire ne signifie pas le retour de la démocratie. Dans la tête des responsables du PDCI-RDA, subsistait la conviction que l’arrivée au pouvoir du FPI et de Laurent Gbagbo avait tous les traits d’un miracle. On traitait les militants du FPI de gens naïfs en même temps qu’on les empêchait de s’exprimer et d’exposer leur vision du monde. La sérénité et l’arrogance qui caractérisaient, au début, les responsables du PDCI-RDA ne furent pas de longue durée surtout à l’issue de la présidentielle d’octobre 1990. Félix Houphouët-Boigny fut proclamé vainqueur du scrutin présidentiel du 30 octobre, avec 82% des voix contre 18% pour Laurent Gbagbo. Depuis cette date, le PDCI prit le FPI très au sérieux, mettant tout en œuvre pour le contrer ou l’anéantir, pour en quelque sorte revenir au parti unique. Cela était d’autant plus vrai que la société civile nationale – le SYNARES, la FESCI, la LIDHO – était particulièrement active et proche de l’Opposition.

Les adversaires du 18 février : ambition, action et bilan.

C’est un philosophe qui l’a dit : dans la vie de tous les jours, « ce que veut chaque individu est empêché par chaque autre ». Cette loi de la nature est vérifiée par les complots orchestrés contre le FPI par les autorités gouvernementales. Il faut savoir en effet que la crise du 18 février n’est pas une génération spontanée, comme un banal accident de parcours : elle a une origine et procède d’une vision programmatique.

Ainsi que Laurent Gbagbo l’a rappelé dans le DVD consacré à l’événement, il était en tournée dans l’Ouest du pays lorsqu’il a été informé de ce que les militaires avaient fait une expédition punitive à la Cité universitaire de Yopougon où les étudiants protestaient contre les coupures intempestives d’électricité qui les empêchaient de préparer leurs différents examens. Au cours de cette soldatesque, de nombreux étudiants avaient été défenestrés et des étudiantes violées. On se souvient que des femmes militantes du PDCI avaient manifesté leur joie face à ces horreurs. Indignés par ces actes de barbarie, les partis d’Opposition dont le FPI de Laurent Gbagbo prirent tout naturellement fait et cause pour les étudiants. On avait alors deux camps en présence : d’un côté, le pouvoir et de l’autre, l’Opposition et ses alliés de la société civile. Le FPI demanda et obtint la mise sur pied d’une commission nationale d’enquête à l’effet de situer les responsabilités. Au bout de quelques semaines, la Commission Nationale présidée par Camille Hoguié conclut à la responsabilité pleine et entière de l’Armée alors dirigée par le colonel Robert Guéi, Chef d’Etat major, et exigea que les officiers responsables de la barbarie subissent la rigueur de la loi.

Pour toute réponse, Félix Houphouët-Boigny refuse catégoriquement, préférant l’injustice au désordre. Il déclara, sous forme de justification (je cite) : « je ne peux pas retourner mon propre couteau contre moi-même ». C’est alors que les manifestations d’indignation reprirent de plus belle à travers les rues d’Abidjan, dénonçant l’impunité. Mais le PDCI qui en voulait terriblement à l’Opposition attendait celle-ci de pied ferme. En effet, le pouvoir autorisa la manifestation du 18 février 1992, non sans l’avoir piégée avec un art consommé. Là-dessus, écoutons plutôt le témoignage du couple Gbagbo : Laurent Gbagbo : « Le 16 février 1992, j’apprends qu’on va profiter de cette marche pour nous réprimer violemment. Certains amis qui l’apprennent viennent me conseiller pour surseoir à cette manifestation. Je refuse… Il y a des moments où les crises doivent arriver… Sinon … on ne donne pas de leçon au peuple. Alors je refuse bien évidemment de reporter la manifestation. Le 18 février, très tôt le matin, on vient me rendre compte du dispositif militaire qui a été mis en [place] ; je ne sais exactement ce que mes adversaires avaient décidé. Mais c’est un dispositif de mort ». En tout état de cause, nombreux étaient les officiers proches du chef d’Etat-major, les soldats, les loubards réquisitionnés pour accomplir la sale besogne.

Simone Gbagbo : « Nous nous sommes retrouvés à cette marche le matin, et j’ai découvert un Laurent tendu. Il était méconnaissable parce qu’il avait appris que cette marche allait être un guet-apens (…). Nous avons été attaqués. La marche a été dispersée, mais dans une violence incroyable … Ça été terrible. Il a échappé à la mort (…). Quelqu’un a tiré sur lui et c’est une dame à côté de lui qui a reçu la balle et qui est tombée ».

Comme beaucoup de témoins oculaires des événements le savent, cette violence s’était propagée au Palais de Justice, à l’immeuble Sogefia et même au siège de la BAD alors que les manifestants se trouvaient encore loin au niveau du camp Galliéni. C’était simplement l’œuvre des loubards commis la veille à la sale besogne car le pouvoir PDCI avait décidé d’attribuer les dégâts et les incendies à Laurent Gbagbo traité de « casseur ». Sa propre voiture fut brûlée par cinq militaires en présence d’un journaliste français à qui monsieur Alassane Ouattara, alors premier ministre omnipotent demanda la preuve de son témoignage au cours d’une conférence de presse qu’il a tenue après les événements.

Une loi anti-casseur ayant été apprêtée quelque temps auparavant, la quasi-totalité des responsables de l’Opposition furent emprisonnés à la MACA ce mardi 18 février 1992. Ils y passeront près de sept (7) mois avant d’être libérés grâce à la plaidoirie d’une trentaine d’avocats. Ce procès des casseurs, Laurent Gbagbo lui-même le raconte dans le DVD évoqué plus haut.

Laurent Gbagbo : « Le procès des casseurs. Mais plus que la déclaration que j’ai eu à y faire, c’était la mobilisation dans le pays et en dehors du pays. Pour les deux procès en première instance, et en appel, je me souviens qu’on a eu à peu près trente-deux (32) avocats qui ont plaidé gratuitement pour nous (…). Ils sont venus de partout. De Suisse, du Gabon, de France, du Burkina, de partout. Les avocats ivoiriens, même ceux réputés être membres du PDCI, comme Me Dervais, se sont mobilisés. Et c’est lui qui a fait la dernière plaidoirie en appel » en ces termes : « Vous voulez que l’Afrique perde encore. Les intelligences sont dans le box, et les criminels courent ! ».

Camarades militantes et militants, pour en finir avec l’Opposition conduite par Laurent Gbagbo ; pour empêcher l’avènement du renouveau démocratique annoncé par le vent de l’Est et le discours de La Baule, mais aussi pour assujettir la maturité des populations ivoiriennes, le PDCI organisa un guet-apens le 18 février 1992, avec pour conséquence, l’embastillement de cette Opposition. Laurent Gbagbo sortit grandi de cette épreuve dont il dira lui-même qu’elle a facilité son arrivée au pouvoir. Mais l’hostilité orchestrée contre lui et la démocratie n’a pas pris fin pour autant. Les nostalgiques du monopartisme n’avaient pas renoncé à leur projet initial, celui d’écarter Laurent Gbagbo et son opposition. Rendez-vous était alors pris pour les années à venir.

Deuxième partie : le 11 avril 2011 comme aboutissement du 18 février 1992.

Le fait marquant du deuxième tour du scrutin présidentiel, c’est moins le face-à-face dit “historique” entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara que leur appel conjoint du 27 novembre 2010 aux électeurs pour un scrutin présidentiel apaisé :

« Nous nous engageons solennellement à accepter le verdict des urnes tel que proclamé à l’issue du scrutin par la Commission Electorale Indépendante et le Conseil Constitutionnel. Nous demandons aux électeurs d’accepter les résultats issus des urnes qui seront proclamés par la Commission Electorale Indépendante et le Conseil constitutionnel ».

Contre toute attente, et alors que les électeurs attendaient sagement le verdict définitif par le Conseil Constitutionnel et la certification par le représentant spécial de Ban ki-Moon, les présidents Sarkozy et Obama dénoncent et condamnent avec rage, une “logique de confiscation du pouvoir” imputée à Laurent Gbagbo dont ils exigent qu’il cède le fauteuil à Alassane Ouattara s’il ne veut pas le perdre par la force. L’UEMOA, la CEDEAO, l’Union Africaine, en chœur, soutiennent cet ultimatum.

Mais quelle est la face visible de cette force étrangère ? Ce sont, à l’évidence, les médias occidentaux et leur porte-voix africains. Ils entonnent, à intervalles réguliers, le même refrain mensonger de diabolisation et de haine anti-Gbagbo, qui débouche sur une panoplie de mesures de rétorsion sans précédent dans l’histoire des relations internationales :

- interdiction de voyage ;

- gel des avoirs bancaires de près de quatre vingt-dix (90) personnalités et entreprises présumées proches du président Laurent Gbagbo ;

- expulsion des ambassadeurs de Côte d’Ivoire accrédités auprès de certains gouvernements occidentaux (France, Belgique, Grande-Bretagne, Canada, Etats-Unis) ;

- menaces du Tribunal Pénal International (TPI) ;

- brouillage des signaux des médias d’Etat ivoiriens ;

- expulsion temporaire de la Côte d’Ivoire des instances de la CEDEAO ;

- menace d’intervention militaire pour déloger le président Laurent Gbagbo ;

- décision du Conseil des ministres de l’UEMOA appelant la BCEAO à ne plus reconnaître le pouvoir du président Laurent Gbagbo ;

- blocus imposé au Port Autonome d’Abidjan avec pour conséquence un embargo sur les produits pharmaceutiques, etc.

Fait non moins grave, le Secrétaire Général des Nations Unis, Monsieur Ban Ki-Moon, lui-même, rejette publiquement la solution de recomptage des voix préconisée par Laurent Gbagbo, arguant que ce serait là “une grave injustice”. En toute rigueur, il ne restait alors qu’une alternative : la guerre.

Enhardis par ces ingérences extérieures, les leaders du RHDP en général et Monsieur Alassane Ouattara en particulier vont multiplier les actes de belligérance par voie de guérilla urbaine, après avoir formé un gouvernement parallèle, celui du Golf. A Abobo, un “commando invisible” sème la mort et la désolation parmi la population, avec des dizaines de personnes et d’éléments des FDS atrocement tués. En dépit de ses discours parlant “paix et sécurité”, la communauté internationale venait de se résoudre à la guerre. Elle décida notamment de changer le mandat de l’ONUCI pour en faire un instrument de guerre, de dresser les Chefs d’Etat de la CEDEAO contre Laurent Gbagbo et son pays, de manipuler la CEDEAO et l’Union Africaine, d’isoler l’Angola et l’Afrique du Sud, et de torpiller toutes les missions de bons offices initiées par l’Union Africaine.

L’assaut final décidé par l’ONU et les médiateurs africains avait prévu, une fois la guerre livrée contre Abidjan, un “processus de réconciliation sans Laurent Gbagbo”. Car, selon la France, les Etats-Unis et l’Union Européenne, la paix et la démocratie qu’incarnent le RHDP et Alassane Ouattara, passent nécessairement par le départ de Laurent Gbagbo.

C’est cette conviction qui est à l’origine du contexte idyllique qui a suivi l’agression armée de mars-avril 2011. Depuis la cérémonie d’investiture à laquelle furent invitées soixante six (66) délégations étrangères, jusqu’à la mise en place du premier gouvernement Ouattara, le nouvel homme fort d’Abidjan était la coqueluche des puissances euro-nord-américaines. Mais l’idylle tourne vite au désamour, la duplicité, la complaisance et l’hypocrisie ayant leurs limites. En effet, les soutiens extérieurs du RHDP avaient cru un moment que leur poulain était capable d’assurer le minimum démocratique dans la gouvernance d’un Etat comme la Côte d’Ivoire : l’Etat de droit, le dialogue politique, le pluralisme de la presse, etc. De tout cela, rien n’a émergé du gouvernement Ouattara. Et peu avant son départ définitif d’Abidjan, le Sud-Coréen Choi Young-jin avait fait part de ses inquiétudes au Conseil de Sécurité le 18 juillet 2011, “quant à la capacité des nouvelles autorités ivoiriennes à organiser les élections législatives d’ici à la fin de l’année“. Au même moment, l’hebdomadaire Jeune Afrique traite Alassane Ouattara d’autocrate, l’appelant “hyper président”. On se souvient qu’à l’occasion de sa visite le 14 juillet 2011 à Abidjan, le Premier Ministre François Fillon avait publiquement stigmatisé la persistance du rançonnage, jeu favori des FRCI.

Mais, ce qui semble avoir véritablement embarrassé les soutiens extérieurs d’Alassane Ouattara, c’est cet irrédentisme à vouloir gouverner par et dans la terreur, en fragilisant davantage le FPI/CNRD ; en se taillant une Assemblée Nationale de type ethnocentrique sur mesure et en poursuivant, en plein processus de “réconciliation nationale”, les exactions sur les partisans de Gbagbo, avec à la clé, en ce qui concerne les activités du FPI, un empêchement systématique de ses meetings. Quoi de plus normal pour le missionnaire de la communauté internationale assuré du soutien « indéfectible » de ses mandants? A preuve, l’ONU, à ce jour, n’a pondu aucune Résolution contre Alassane Ouattara pourtant notoirement coutumier du viol et de la Constitution et des droits humains, là où elle pondait au moins trois résolutions par an contre Laurent Gbagbo pour des présomptions de manquements de bien moindre importance.

La vérité, dit-on, se trouve dans la durée et la pratique. La durée ici, c’est le temps qui s’est écoulé du 18 février 1992 au 11 avril 2011, passant par le 19 septembre 2002, soit 20 ans. La pratique, c’est l’ensemble des actes posés successivement par le PDCI qui considérait la démocratie et le multipartisme comme une vue de l’esprit, ainsi que par la communauté internationale aujourd’hui au secours du RHDP : l’ensemble des connivences diplomatiques qui n’étaient en réalité qu’une mascarade puisque les quarante trois (43) résolutions votées contre Gbagbo et la Côte d’Ivoire ont débouché sur la condamnation et ou l’agression militaire de la victime (Laurent Gbagbo) et de son pays (la Côte d’Ivoire).

Nous pensons ici aux décisions iniques allant de Linas-Marcoussis à Pretoria, mais aussi aux événements du 04 novembre 2004 ainsi qu’au séisme du 11 avril 2011. Tout cela est arrivé malgré la bonne volonté des médiateurs impliqués dans la résolution de la crise ivoirienne.

C’est sur la base de ces faits que nous sommes fondés à dire que nous avons tout saisi malgré nos handicaps. « Celui qui ne voit pas, au moins entend ; celui qui n’entend pas, au moins voit ». Autrement dit, tout est désormais clair et sous tous les rapports : c’est à cause de son souverainisme et de sa politique de refondation socialiste que Laurent Gbagbo a été taxé tour à tour d’utopiste, de démagogue et de dictateur. Comme cela a été initié le 18 février 1992, il devait être chassé par tous les moyens parce qu’il constitue en cette période de grave crise du capitalisme néo-libéral, un obstacle au pillage des richesses énergétiques et agricoles de son pays par les Etats-Unis et la France. Ce capitalisme décadent devait écarter Laurent Gbagbo avec d’autant plus d’empressement que son “entêtement” risquait de faire tâche d’huile dans la sous-région ouest-africaine : Laurent Gbagbo est une “victime du tourbillon du Golf de Guinée” transformée en bourreau par les médias de l’intoxication et de la manipulation et les procureurs du Tribunal d’Abidjan, et ceux d’un TPI aux ordres des puissances d’argent.

Nous avons compris. Nous savons maintenant que les pouvoirs oligarchiques et les grandes puissances ne le sont que sous l’angle de leur capacité de nuisance et d’hégémonisme. Nous avons compris que le capitalisme, à la manière du caméléon, a revêtu les oripeaux de la Françafrique, arboré la toge de l’ésotérisme franc-maçonnique et embouché la rhétorique des droits de l’homme. Beaucoup ont fini par comprendre, a posteriori, le message fort du Président Laurent Gbagbo à travers l’opposition « candidat de la Côte d’Ivoire et pour la Côte d’Ivoire » et « candidat de l’étranger ». En matière de capacité politique, que nous nommons bio-politique, assurément les vieux partis comme le PDCI et les grandes puissances promeuvent un tout autre système des valeurs. La posture de dignité d’un leader charismatique, Laurent Gbagbo, victime expiatoire d’un désir d’éternité et d’une logique de perpétuation de la domination des forces d’exploitation et du conglomérat oligarchique, nous a permis de mieux comprendre la marche de notre pays, de l’Afrique et du monde ainsi que le combat qui reste à livrer.

Troisième partie : que faire pour conjurer le péril national ?

Oui, camarades militantes et militants, le combat qui reste à livrer est dicté par 20 années de répression et d’humiliation imposée par une coalition de nostalgiques du “dedans” et du “dehors”. Nous avons compris. Nous sommes indignés et par conséquent engagés. D’autant plus indignés et engagés qu’aux violences subies par la refondation successivement le 18 février 1992, le 19 septembre 2002, le 6 novembre 2004, et le 11 avril 2011 s’ajoute aujourd’hui un projet de rattrapage de type ethnocentrique. Une initiative dévoilée récemment par le chef de l’Etat lui-même et qui constitue pour la Côte d’Ivoire un véritable péril. Que faire ?

Que faire face à ce danger qui oblige notre pays à fabriquer plus de cercueils pour ses enfants que de berceaux et à se désintégrer inexorablement ?

La CURFP estime qu’il faut engager la lutte suivant quatre (4) objectifs à atteindre :

Premièrement, la libération de Gbagbo qui, bien qu’étant l’adversaire de Bédié et de Ouattara n’avait pas hésité à faire rentrer ces derniers d’exil dans le cadre d’un dialogue politique initié d’octobre à décembre 2001 : le Forum pour la Réconciliation Nationale.

Deuxièmement, le dialogue politique dont l’ouverture ne dépend plus uniquement du RHDP ou même du RDR, mais de la France et de ses alliés qui occupent désormais politiquement et militairement la Côte d’Ivoire.

Troisièmement, la mise en évidence dans les meilleurs délais des implications de la politique aryenne importée sous le nom de « rattrapage » et dont une première conséquence se trouve être cette victoire écrasante du RDR lors des dernières législatives.

Enfin, en quatrième lieu, l’assignation devant leur propre conscience de toutes les forces et de tous les acteurs directement ou indirectement impliqués jusque-là dans la résolution de la crise ivoirienne : la société civile nationale, les partis politiques, le Forum des confessions religieuses, l’UEMOA, la CEDEAO, l’Union Africaine, l’Union Européenne, le Conseil de Sécurité de l’ONU, la France, les Etats-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, mais aussi le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal, le Nigéria, etc.

Mais par-dessus tout, et conscients aujourd’hui plus qu’hier du devoir historique du FPI pour la survie même de la Côte d’Ivoire, nous devons, dans l’union et la solidarité, vaincre chacun sa torpeur pour continuer de donner la preuve de la vitalité du FPI par une mobilisation toujours soutenue autour de nos idéaux communs, à l’appel du parti.

Dans le même temps, nous devons, aussi bien en interne qu’à l’échelle internationale, continuer de susciter et consolider des rapprochements objectifs dictés par le nouveau contexte.

Ce sont là les impératifs de réalisation du devoir du Front Populaire Ivoirien vis-à-vis des Ivoiriens, de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique : poursuivre l’espérance promise à travers la lutte pour la souveraineté et la dignité.

Ensemble, dans la foi inébranlable en notre combat mutuel tel que nous l’avons appris du Président Laurent Gbagbo, nous y arriverons. Je vous remercie.

Fait à Abidjan, le 17 février 2012.

Professeur Dédy Séri

Secrétaire National chargé de la CURFP.

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