Konan Yao Eddi (Sous-préfecture de Bacanda) : "Je n’ai pas de rapports orageux avec la population "

Publié le par patricknguessan

Sans électricité ni eau potable au bureau et à son domicile, le sous-préfet de Bacanda, dans le département de Grand-Lahou, Konan Yao Eddi, n’est pas en odeur de sainteté avec sa population. Ces derniers lui reprochent certains actes. Nous l’avons rencontré à son bureau, à Bacanda, pour qu’il donne sa part de vérité.

 

Vos administrés ne comprennent pas votre refus d’installer un Conseil de sous-préfecture depuis votre prise de fonction…

Je vous donne le décret qui organise le Conseil de sous-préfecture. Le décret paru dans le journal officiel de la République de Côte d’Ivoire, N° 40 du jeudi 20 octobre 1983, dit que le conseil de sous-préfecture se réunit trois fois par an pour parler du programme d’investissements (construction d’école, de maternité…) et du budget (Fonds Frar, taxe…) et de suivi des réalisations. Tous ces investissements ont été transférés aux mairies et aux Conseils généraux. La sous-préfecture ne construit plus d’écoles, ne fait plus de routes, ni de maternités. Dès lors un Conseil de sous-préfecture n’a plus raison d’être. J’ai tenu une réunion avec des cadres et les populations villageoises de la région dont le président du Conseil général de Bacanda, Yao Alfred, le 19 mars dernier, pour mettre en place un cadre de concertation pour gérer les difficultés de la  sous-préfecture. Puisqu’il n’existe pas de  mutuelle. Nous n’avons pas pu mettre en place ce cadre de concertation à cause de la situation du pays.

 

Les villageois vous accusent de gérer seul les revenus du village, notamment les taxes prélevées dans le marché et les commerces. Quel est votre point de vue ?

Avant mon arrivée, c’est la chefferie qui prélevait les taxes. Le 19 mars 2011, au cours de la réunion, le président du Conseil général de Grand-Lahou, Yao Alfred, a proposé que le prélèvement des taxes se fasse par ses services là où il n’y a pas de commune.  Le siège du  Conseil se trouve à plus de 75 km de Bacanda. Il m’a autorisé à percevoir les taxes sur les marchés et commerces et à en reverser le quart à la notabilité. Il m’a aussi autorisé à en réserver une partie pour les travaux des locaux de la sous-préfecture, ainsi que pour l’achat du carburant pour alimenter mon groupe électrogène. Et une autre partie devrait servir à nettoyer les artères du village. Je ne sais pas qui perçoit les taxes. Le 19 octobre 2009, la passation de charges entre l’ancien chef et moi a été faite. Ce sont Emmanuel Tompson et Aka Ahizi qui gèrent le projet de lotissement. Moi, je gère les affaires administratives et non les affaires du village.

 

La population dit que vous avez acquis un terrain pour créer une plantation d’hévéas. Quel est votre point de vue ?

Je me suis trouvé un lopin de terre pour faire des cultures vivrières car comme je suis un baoulé j’aime l’igname. Je n’ai pas un seul pied d’hévéas. Je ne fais pas d’affaires. Je ne comprends pas toute cette cabale contre moi. Je n’ai jamais assisté à un meeting politique. Nous ne représentons pas des individus mais l’État. J’ai géré les deux phases de la présidentielle avec une  totale impartialité. J’ai transmis tous les rapports au préfet, à Grand-Lahou.

 

Peut-on savoir ce qui se passe entre le propriétaire terrien Benjamin Kassi et vous pour qu’il demande votre départ de Bacanda?

J’ai effectué plusieurs réalisations notamment la réfection du pont sur la rivière Gbédjé. Ce sont des amis qui m’ont aidé à financer cette réalisation avec la contribution de la population. La déclaration du propriétaire terrien est incongrue. Il demande que je parte parce que certaines personnes  ont des intérêts troubles. Au niveau de la forêt classée de Gbédjénou, il y a 50 hectares qu’une personne voulait vendre. Et ils sont au cœur de la forêt classée. Je leur ai dis de ne pas vendre leurs terres. Est-ce mauvais ? Je pense que non. J’ai mobilisé les jeunes pour nettoyer le village. Je n’ai pas de rapports orageux avec la population. D’ailleurs, j’appelle tous les cadres et populations de Bacanda au rassemblement. Tout le monde doit s’inscrire dans l’idéal de la réconciliation. Car, c’est ensemble qu’on pourra relever les défis du développement. Le linge sale se lave en famille.

 

 

Dans quelles conditions travaillez-vous ?

Pour aller à une réunion à Grand-Lahou, je dois aller à Tiassalé, passer par Abidjan et Dabou. En aller et retour, cela fait environ 500 km. Je suis obligé de faire une semaine. Quand, il pleut, je suis obligé d’attendre que la route soit en bon état. Or, de Bacanda à Grand Lahou, cela fait environ 79 km. C'est dans cette optique que j'ai fais réaliser ce pont pour me permettre d'aller et revenir de Grand Lahou en une journée. Je dors  et travaille dans une maison où il n’y pas d’électricité, ni d’eau potable. De plus, Bacanda n’est pas le seul village de ma sous-préfecture. Il y a huit villages et un nombre important de campements. Au recensement de 1998, il avait 18.000 habitants. Voyez donc vous-mêmes les conditions dans lesquelles nous travaillons…

 

Entretien réalisé à Bacanda (Grand-Lahou) par Patrick N’Guessan

 

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