Konan Banny, président de la Cdvr : “Nous faisons une justice de réparation L’Onuci n’a pas pu empêcher la guerre”

Publié le par patricknguessan

Réconcilier les Ivoiriens après douze ans de guerre civile. C'est le défi que doit relever l'ancien Premier ministre Charles Konan Banny à la tête de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR). Mais, six mois après son lancement, cette commission, au dire de beaucoup, semble trainer les pas. De passage à Paris, il répond aux questions de nos confrères de Rfi. Entretien…

Charles Konan Banny, voilà six mois que la commission a été mise en place. Et, pour l’instant, elle n’est pas visible. Qu’est-ce que vous avez fait depuis le mois de Juin ?
Quand vous avez décidé de construire une maison, vous identifiez le terrain, ensuite vous faites le plan et vous essayez de poser les fondations. Tout cela n’est pas visible. C’est exactement ce que nous faisons.

Cette partie invisible consiste à quoi depuis six mois ?
J’ai mené des activités pour sensibiliser les populations. J’ai rencontré des dizaines de personnes pour savoir si oui ou non elles sont prêtes toutes à aller à la réconciliation.
Vous avez fait tout cela, mais dans un message transmis à New York, la semaine dernière, l’Onuci a montré des signes d’impatience…

Voyez-vous, j’ai assez d’expérience, j’ai été suffisamment acteur de ce processus de normalisation de la Côte d’Ivoire pour me méfier des avis intempestifs des uns et des autres. L’Onuci est présente en Côte d’Ivoire depuis plus de dix ans ! Est-ce que l’Onuci a empêché que les Ivoiriens s’entredéchirent ? Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation.

Mais, est-ce que vous n’avez pas fait un peu de people en nommant par exemple Didier Drogba dans cette commission, sachant qu’il n’aura pas assez de temps pour vous consacrer ? Est-ce-que ce n’est pas un gadget pour journalistes ?

Non, je ne le crois pas. Drogba est un Ivoirien. Il est fils d’une région qui, a tort ou à raison, se voit aujourd’hui un peu victime. Hier, les Ivoiriens considéraient cette région, celle de l’ex-président Laurent Gbagbo, comme étant responsable. Je crois qu’il n’a pas de responsabilité politique. Mais, en même temps, Drogba est considéré comme un fils de cette région et un digne fils de la Côte d’Ivoire. C’est une icône. C’est vrai qu’il n’aura pas suffisamment de temps à nous consacrer. La commission, ce n’est pas comme un bureau de poste où chacun vient pointer chaque matin, à une heure fixe. C’est un travail de persuasion. Et je crois que Drogba a des capacités pour cela.

Donc, vous allez attendre les victimes, les supposés criminels. Est-ce-que vous allez organiser des confrontations ?

Oui, le moment venu, cela sera une étape. Et, c’est d’ailleurs cette étape que tout le monde attend d’ailleurs.

Comme en Afrique du Sud avec Desmond Tutu…

Cela ne se passe pas du jour au lendemain. Les autres phases doivent nous permettre de rechercher la vérité. Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi cela s’est passé ?

Mais, criminels et victimes sont déjà interrogés par la commission d’enquête mise en place par le président Alassane Ouattara. Est-ce que vous ne faites pas double emploi ?

Non, chacun fait son travail, selon le mandat qui lui a été donné. Nous, nous faisons une justice de réparation, de pardon, si nécessaire, et pas de condamnation. Mais, ce qui est sûr, c’est qu’il peut y avoir purement complémentarité. Si nos jugements et enquêtes me semblent dignes d’intérêt, ils peuvent être pris en compte, mais, pourquoi pas, on va échanger. Je conduis un processus mené par une autorité d’indépendance.

Mais, pour l’instant, la réconciliation, cela ne marche pas. La preuve, les législatives de décembre ont été boycottées par le Fpi de Laurent Gbagbo. Est-ce qu’il faudrait libérer quelques personnes parmi les soixante personnalités actuellement en prison, comme le demande le Fpi ?

Je ne suis pas d’accord quand on dit que la réconciliation ça ne marche pas. Mais, mon opinion est que nous ramenons trop le sort d’une nation à la nomenclature politique. Et la nation, c’est plus que les partis politiques. C’est la justice qu’il revient cette tâche (libérer les cadres pro Gbagbo, ndlr). Je ne suis pas certain que s’ils n’avaient pas été mis en prison, la Côte d’Ivoire serait réconciliée. De la même façon, vous avez raison que ceux qui sont en prison ne facilitent pas le processus, mais, il faut trouver tout de même un équilibre.

Mais, actuellement, plus d’une soixante personnes d’un camp est en prison, contre zéro de l’autre. Est-ce que c’est équitable ?

Ecoutez, je ne suis pas ministre de la Justice. Laissez le processus continuer. A un moment donné, s’il ne prend pas en compte tout ce que nous disons et tous les a priori que les uns et les autres ont, et dont vous vous faites le porte-parole, à ce moment, vous me poserez la question.

Retranscrit par

Patrick N'GUESSAN

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article