Crise malienne et Bissau Guinéenne/Kadré Désiré Ouédraogo(Président de la Commission de la Cedeao) : « Nous devons travailler à l’enracinement de la culture démocratique dans notre espace

Publié le par patricknguessan

Personne ne foule le sol hospitalier de Yamoussoukro sans avoir une pensée pour le Président Félix Houphouet Boigny, tant il a marqué de son empreinte cette belle ville dont il a voulu faire le symbole du rassemblement du peuple ivoirien.

Le Président Alassane Ouattara vient d’en faire le symbole de la réconciliation du peuple ivoirien, et celui du ralliement du peuple ouest-africain en décidant d’y abriter aujourd’hui la 41ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO.

C’est mon honneur et mon privilège de joindre ma voix à la sienne pour vous souhaiter, au nom des institutions communautaires, la cordiale bienvenue dans cette cité de la paix, de la tolérance et de l’unité.

                                 

Permettez-moi, en votre nom à tous, d’exprimer nos sincères remerciements à S.E.M. Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire, au Gouvernement et au peuple ivoiriens pour l’accueil chaleureux et la fraternelle hospitalité dont nous sommes l’objet depuis notre arrivée dans cette ville de légende.

 

Excellences Madame et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

 

Les populations ouest-africaines ont en ce moment les yeux tournés vers vous car vous représentez à juste titre, leur espoir de vivre dans une région pacifique, stable et démocratique, débarrassée des fléaux que sont la pauvreté, l’ignorance et la maladie, en un mot une région de prospérité.

 

La CEDEAO est assurément l’instrument à votre disposition pour répondre à ces espoirs et à ces attentes. Au nom de la nouvelle commission et au mien propre, je prends l’engagement de travailler sans relâche, à l’approfondissement du processus d’intégration et à la réalisation des nobles idéaux de notre Communauté.

 

C’est le sens du serment que je viens de prêter devant votre auguste assemblée et je voudrais vous renouveler l’expression de ma gratitude pour l’honneur et le privilège que vous m’avez accordé en me permettant de vous servir comme Président de la Commission.

 

Cela n’a été possible que parce que mon pays le Burkina Faso a bien voulu présenter ma candidature à votre assemblée. Aussi, je voudrais exprimer ici toute ma gratitude à S.E.M. Blaise Compaoré, Président du Faso, pour cet insigne honneur.

 

Après seulement quatre mois de service, j’ai pu mesurer les nombreux acquis enregistrés par la CEDEAO. Permettez-moi de rendre un hommage mérité à mes prédécesseurs le Dr. Mohamed Ibn Chambas et l’Ambassadeur James Victor Gbeho pour les nombreux chantiers qu’ils ont ouverts et dans lesquels je m’investirai dans un esprit de continuité et de consolidation.

 

Madame et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

Mesdames et Messieurs,

 

Malgré les nombreux acquis, notre Communauté reste confrontée à d’énormes défis dont les moindres ne sont pas les crises que nous traversons, notamment au Mali et en Guinée Bissau. Vous avez, dans un sursaut régional, consacré tant d’énergie et d’efforts pour un retour de la paix et de la normalité constitutionnelle dans ces deux pays.

 

Votre haute instance a réussi à asseoir des mécanismes de transition inclusifs qui ne demandent qu’à être consolidés.

 

C’est le lieu pour moi d’exprimer ma reconnaissance pour l’immense travail abattu et pour les efforts soutenus de S.E.M. Blaise Compaoré, Président du Faso et Médiateur dans la crise au Mali, dans la quête d’une solution durable.

 

Je voudrais également saluer l’engagement de S.E.M. Goodluck Ebele Jonathan, Président de la République Fédérale du Nigeria dans la résolution de la crise au Nord du Mali et aussi me féliciter de sa contribution essentielle, en sa qualité de Président du Groupe régional de suivi de la crise en Guinée Bissau, dans la stabilisation dans ce pays.

 

Qu’il me soit permis aussi d’exprimer notre gratitude à S.E.M. Alpha Condé, Président de la République de Guinée, Médiateur de la crise en Guinée Bissau et à travers lui, l’ensemble du Groupe régional de contact pour les avancées significatives enregistrées dans le processus de sortie de crise.

 

Excellences Madame et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

 

La stabilité et la paix sont un préalable indispensable à tout développement économique et social. Or, il ne peut y avoir de stabilité sans le respect des principes démocratiques, de la bonne gouvernance et le respect des Droits de l’Homme et des valeurs universelles.

 

C’est pourquoi nous devons travailler à l’enracinement de la culture démocratique dans notre espace. Il est inconcevable qu’au 21è siècle, l’on continue de vivre des coups d’Etat et d’accès au pouvoir par des voies non constitutionnelles.

 

Les peuples ont le droit au respect de leur Constitution et celui de choisir librement leurs dirigeants.

 

C’est pourquoi la CEDEAO est fermement attachée au Protocole sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance et à celui sur les Mécanismes de prévention et de  règlement des conflits.

 

C’est dans ce cadre que, suite à vos décisions pertinentes, nous avons engagé un dialogue avec le Conseil de Sécurité des Nations Unies à l’effet d’obtenir une résolution en vue du déploiement sous le Chapitre VII de la Charte de l’ONU, de la Force en attente de la CEDEAO au Mali pour aider le pays à faire face à la crise sécuritaire lourde de danger non seulement pour notre région, mais aussi pour la Communauté internationale.

 

C’est le lieu de renouveler ma gratitude aux membres du Conseil de Sécurité pour le soutien politique manifesté à l’égard de l’initiative de la CEDEAO, soutenue par l’Union Africaine.

 

Je voudrais saisir cette occasion pour louer les efforts consacrés à cet effet par S.E.M. Thomas Boni Yayi, Président de la République du Bénin et Président en exercice de l’Union Africaine dans le processus de plaidoyer pour un soutien de la Communauté internationale.

 

Dans le cas de la Guinée Bissau, l’on peut se féliciter du déploiement des troupes de la CEDEAO depuis le mois de mai, ce qui va contribuer à consolider la transition et aider à la réforme du secteur de défense et de sécurité.

 

Excellences Madame et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

Mesdames et Messieurs,

 

En plus des crises politiques, notre région est confrontée aux dangers que représentent le terrorisme et la piraterie maritime dans le Golfe de Guinée. Ces deux problématiques nécessitent une gestion coordonnée et c’est ce que la CEDEAO a entrepris de faire prenant l’attache des autres régions et de tous les partenaires susceptibles d’apporter leur soutien.

 

Le trafic de drogue et la circulation des armes illégales continuent de représenter d’autres dangers  réels dans notre région et nécessitent que les mesures rigoureuses pour les combattre soient maintenues et renforcées. C’est dans cet esprit que je voudrais plaider devant vous pour un soutien politique renouvelé au Plan d’action de Praia dans la lutte contre le trafic de drogue et le crime organisé avec le soutien de nos partenaires internationaux.

 

Excellences,

Madame et Messieurs,

 

En dépit de la primauté accordée aux questions de paix et de sécurité, notre Communauté a poursuivi ses efforts de consolidation de l’économie et de la promotion de la convergence des politiques économiques et financières. L’occasion nous sera donnée de faire le point des progrès réalisés dans ce domaine, dans le rapport que j’aurai l’honneur de vous présenter.

 

Néanmoins, nous pouvons nous féliciter qu’en dépit de la conjoncture internationale défavorable, la région a réalisé un taux de croissance économique de 6,4% en 2011, se situant au dessus de la moyenne de 5,1% observée en Afrique.

 

Mais la situation demeure contrastée et fragile face aux chocs extérieurs et la situation alimentaire précaire dans certains pays du Sahel est aggravée par la crise humanitaire générée par la crise au Mali avec son lot de réfugiés et de déplacés internes.

 

A cet égard, il me plait de saluer l’effort de mobilisation des partenaires et particulièrement l’Union Européenne dont la récente initiative de mobilisation de ressources en faveur de la sécurité alimentaire au Sahel a connu un franc succès avec l’annonce de contribution de 1,2 milliard de dollars américains.

 

Madame et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

 

Notre Communauté, après 37 années d’existence a besoin d’un nouveau souffle. C’est pourquoi la vision 2020 tendant à faire de la CEDEAO une CEDEAO des peuples ne peut qu’être saluée à sa juste valeur.

 

En effet, il ne peut y avoir de Communauté réussie sans ce sentiment d’appartenance au cœur de chaque citoyen. Or ce sentiment d’appartenance ne peut se développer sans des avancées décisives en matière de libre circulation des personnes et des biens, le droit de résidence et d’établissement.

 

Dans ce domaine, si des progrès appréciables sont notés au niveau de la transposition pertinente des textes communautaires, il reste que l’application de certains protocoles essentiels à notre processus d’intégration souffre de nombreuses insuffisances. En particulier, les pratiques anormales observées tout au long de nos frontières continuent de freiner les échanges intracommunautaires estimés autour de 11%. Les nombreuses barrières non tarifaires renchérissent les coûts des transactions commerciales et hypothèquent le développement du commerce intra-régional et de la consolidation du marché commun.

 

En vue de réaliser l’ambition légitime d’une CEDEAO totalement intégrée en 2020, il importe dès à présent, que nous prenions toutes les dispositions internes pour traduire chaque jour, en action concrète, notre engagement. Cela passe nécessairement par l’appropriation et l’application rigoureuse des différents Protocoles et Actes Additionnels adoptés par l’ensemble de nos Etats.

 

C’est pourquoi, je voudrais solliciter votre appui, Excellences Madame et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement, pour la mise en œuvre effective des différents protocoles de la CEDEAO dans le but d’accélérer le processus d’intégration régionale.

 

Excellences Madame et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

 

La nouvelle Commission que vous avez mise en place se doit de vous indiquer sa vision et ses objectifs immédiats au cours de son mandat. Notre vision est que la CEDEAO devrait permettre à notre région de faire de son unité le levier de son progrès. Et pour ce faire, quatre axes majeurs me paraissent se dégager pour une action urgente :

 

1.         Consolider la paix, la sécurité, la démocratie et le respect des droits humains ;

 

2.         Accélérer le rythme de l’intégration régionale et ce, dans tous les domaines de la vie économique et sociale ;

 

3.         Promouvoir la prospérité économique en instaurant un environnement régional viable et incitatif pour l’investissement et l’initiative personnelle ;

 

4.         Nouer des relations et des partenariats mutuellement bénéfiques avec toutes les autres régions d’Afrique et du monde pour faire face aux défis de la mondialisation.

 

Pour agir selon ces quatre axes, notre Communauté a besoin d’institutions fortes et efficaces, animées par un personnel qualifié et dévoué, d’où la nécessité de continuer les réformes institutionnelles afin d’associer tous les acteurs sociaux à l’effort d’intégration et de développement.

 

La tâche est certes immense, mais elle est à notre portée. Je suis déterminé à apporter ma modeste contribution à l’accomplissement de cette tâche avec votre soutien et celui du Vice-président, des Commissaires et des autres Institutions de la Communauté.

 

Permettez-moi de rendre hommage à l’action déterminante de S.E.M. Alassane Ouattara à la tête de notre Organisation et de lui exprimer ma sincère gratitude pour l’appui dont j’ai personnellement toujours bénéficié de sa part dans l’exercice de mes fonctions.

Je voudrais terminer en exprimant ma foi profonde aux potentialités énormes de notre région et ma pleine confiance que sous le leadership de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, notre Communauté sera chaque jour davantage ce qu’elle doit être à la fin du processus, c’est-à-dire tout simplement un espoir pour les générations présentes  et futures.

 

Vive l’amitié et la coopération entre les peuples !

Vive la CEDEAO !

Je vous remercie de votre attention !

Publié dans POLITIQUE

Commenter cet article