Criminalisation d’État et Mensonge – Soro et le charlatanisme politique

Publié le par patricknguessan

Le meilleur des premiers ministres de Gbagbo Laurent aime raconter
comment de nombreux lauriers doivent lui revenir et pourquoi il doit
être traité comme le meilleur des citoyens de notre pays, celui qui a
sauvé la Côte d’Ivoire. En un an comme en dix, n’a-t-il pas mieux fait
que tous ?

Voilà plus de dix-huit mois qu’il est au pouvoir sans qu’il n’y ait eu
de rébellion organisée contre lui qui, en septembre 2002, se jetait
contre l’Etat de Côte d’Ivoire avec sa horde de rebelles en armes. Ils
étaient venus y mettre de l’ordre, disaient ceux qui ont été
identifiés plus tard comme le Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire,
dont Soro était le secrétaire général. Contre lui, personne n’a encore
monté une rébellion. Qui dit mieux, en un an comme en dix ?

Dans le débat politique, la liberté d’expression exige, – en
démocratie en tout cas –, que toutes les opinions puissent s’exprimer.
Personne ne peut interdire que certains puissent écrire et publier que
le soleil se lève au nord et se couche à l’ouest, que l’homme et la
femme sont du même sexe, que Houphouët Boigny n’est pas mort mais
qu’il a simplement émigré en Australie, que les poules ont des dents
que seules des lunettes spécifiques permettent de voir, que le 19
septembre 2002 il n’y a eu aucun événement choquant en Côte d’Ivoire,
que les prophéties de Malachie sont en cours de réalisation, etc.
Toutes ces affirmations, dans un certain sens, découlent de la liberté
d’expression. Dans le processus de construction d’une nation sur des
bases démocratiques, tout doit être fait pour sauvegarder cette
pluralité des opinions, même si certaines paraissent absurdes,
saugrenues et politiquement insensées.
Cependant, la liberté d’exprimer ses opinions ne signifie pas la
libre acceptation de toutes les opinions exprimées, parce qu’il existe
un filtre dans le débat qui permet à notre entendement de sélectionner
la vérité et de réfuter l’erreur et le mensonge. Le débat d’idées, la
confrontation des opinions sur les questions politiques et économiques
comme sur toutes les questions sociales, recourent à l’approche
scientifique, à la démonstration argumentée pour exclure les opinions
perverses de la dialectique et de la rhétorique.

Le président de l’Assemblée nationale croit que le débat politique est
une foire d’opinions de toutes sortes, et ignore que le respect de
l’opinion signifie rigueur analytique. Pour lui, comme nous sommes
dans le débat politique, n’importe quelle affirmation est bonne

exprimée car, après tout, chacun de nous n’est-il pas propriétaire et
responsable de ses idées, de ses sentiments et de ses opinions?
Procéder ainsi, comme il le fait, sur des questions sérieuses, relève
du charlatanisme politique, car c’est pervertir le débat que d’y jeter
de la confusion intellectuelle et morale.

Le charlatanisme politique est une imposture qui tente de se confondre
avec la science politique. Dans notre pays, lorsqu’au sommet de l’Etat
l’opinion majoritairement exprimée relève de ce type de confusion,
c’est la démocratie que l’on assassine et avec elle, la liberté
d’opinion et la liberté tout court. Les hommes et les femmes qui font
de la politique dans notre pays et qui estiment qu’il s’agit de leur
métier, leur gagne-pain, aiment se mettre dans cette posture de
perversion de la dialectique, ce qui les amène parfois à suggérer
l’enseignement dans nos classes primaires, secondaires et même
supérieures de n’importe quoi, n’importe comment et avec n’importe
quel moyen, au point de dévaloriser l’école et l’éducation publiques,
d’amener les enfants et leurs parents à mépriser la vérité et à croire
que la tricherie, le faux, la falsification, la fraude, le mensonge
sont des valeurs qui payent plus que
la vérité et la rigueur. En la matière, le président du parlement
ivoirien est passé maitre. Lui ne se contente pas de pervertir la
dialectique; il tente aussi depuis de longues années de pervertir la
rhétorique. Les orateurs sérieux dans la politique cherchent
normalement à convaincre leur auditoire avec certaines vérités que
leurs adversaires du moment peuvent réfuter. Ils restent dans le
respect et la noblesse de l’entendement d’autrui. Chez nous, les
orateurs se prennent pour des tribuns dès lors qu’ils peuvent, de
façon vicieuse, jouer sur les capacités d’erreur de leur auditoire et
les persuader du faux. Lorsque la rhétorique abandonne la vertu et
recoure au cynisme et aux passions personnelles de l’orateur, à sa
cupidité, sa vanité, ses ambitions, son désir de remplir son ventre ou
de sauver sa tête, le débat est perverti et les citoyens qui écoutent
sont rabaissés au rang de simple foule pour laquelle l’on
n’a aucun respect et devant qui l’on n’a aucune responsabilité

assumer. C’est la célébration de cette forme de rhétorique qui tue la
démocratie naissante dans notre pays, car le message politique se
résume à de la simple propagande qui exige pour son triomphe que l’on
supprime toutes les voix discordantes et toute opposition. Cette
orientation du débat tue la démocratie et fait place libre

l’autocratie, à la haine de l’autre et à la criminalisation de l’Etat.
Pour illustrer ces propos, nous présenterons deux cas qui montrent
bien comment le président de l’Assembée, Monsieur Soro Kigbafori
Guillaume aime à pervertir la vérité et ériger le mensonge en système
de justification de crimes de la rébellion et des crimes d’Etat.

Le premier exemple est celui du bilan des dix ans de gouvernance de la
Côte d’Ivoire sous Laurent Gbagbo en tant que président de la
république. Le bilan de ces dix ans, selon Soro, est plus faible que
son bilan annuel à lui. Comme il est aisé de le dire et comme il est
erroné d’y croire ! Ne regardons même pas le contenu du bilan, qui a
par ailleurs été dressé plusieurs fois et qui dépend des optiques des
uns et des autres. Regardons simplement la forme de cette proposition,
sans défendre d’ailleurs Gbagbo, qui se promenait en bateau avec Soro
sur les lagunes d’Abidjan et le présentait toujours comme le meilleur
de ses premiers ministres, c’est-à-dire celui qui aura mieux contribué
au bilan que Affi N’guessan, Seydou Diarra ou Charles Konan Banny.

Soro est celui qui a représenté la rébellion contre l’Etat de Côte
d’Ivoire, dix-huit mois seulement après l’accession de Gbagbo au
pouvoir. Il a été ministre de la communication, puis premier ministre,
tout en gardant la moitié du pays sous le contrôle du MPCI, dont il
était le secrétaire général. La bonne méthode consisterait pour lui

évaluer son bilan en tant que responsable à la fois des zones CNO
pendant dix ans, et à faire celui des zones non CNO pendant la même
période. Il a joué sur les deux tableaux en même temps et ne peut donc
se contenter d’évaluer les autres en s’oubliant comme acteur de
premier plan de part et d’autre de la zone de confiance.

Comme il le soutient lui-même, le bilan est largement positif pour
lui. Les zones CNO sont devenues plus pauvres que le reste du pays
pendant les dix ans de gestion des FAFN, dont Mr Soro était aussi le
secrétaire général. Il y a eu plus de vols, de pillages, de viols, de
braquages, de rackets dans les zones CNO qu’ailleurs dans le pays. Le
pillage était systématique et la « Centrale »,qui avait été érigée en
ministère des finances de la rébellion, s’est enrichie des
prélèvements obligatoires illicites sur les populations, des butins
issus des casses de banques et des agences locales de la Bceao, de
l’exploitation illégale des forêts et des minerais de métaux précieux.
Soro a réussi à faire payer par l’Etat de Côte d’Ivoire le
remboursement intégral des sommes emportées par lui et ses compagnons
des FN lors des casses de la Bceao à cette institution. Sans ce
remboursement, les comptes de la Bceao n’auraient pas été
certifiés par les auditeurs.Qui dit mieux face à de telles
performances? N’importe qui d’autre aurait fait cela, qu’il aurait été
en prison pour crimes économiques. Mais dans le cas de monsieur Soro,
c’est plutôt lui qui juge les autres. Le pire fait le procès du mal.

Dans les zones CNO, des quantités inestimables de productions
agricoles ont été volées et détournées en direction de sites de
transformation et d’exportation installés dans les pays voisins pour
le compte de Soro, du MPCI et des FN au moment où plusieurs de leurs
animateurs étaient installés à Abidjan comme membres du gouvernement et chargés d’empêcher le parlement de l’époque de travailler. Soro avait non seulement le contrôle de Gbagbo, mais il pouvait faire ensorte que ce dernier prenne des ordonnances illégales, sous
l’étiquette de la paix, pour modifier toutes les lois de la République
juste pour le bon plaisir de Ouattara. Qui dit mieux ? Ne parlons pas
des biens qu’il a acquis alors qu’il gérait l’Etat de Côte d’Ivoire en
complicité avec Gbagbo, tout en pillant les zones CNO. En résumé,
disons qu’effectivement, personne n’a fait mieux que Soro ces dix
dernières années dans la destruction et la
criminalisation de l’Etat. Il a été un des grands maîtres de la
rebfondation. Il est inégalable dans l’art du pillage systématique du
pays. Sur ce plan, sa rhétorique le condamne comme un criminel.
D’autres que Soro auraient eu de telles performances qu’ils auraient
été internés à la Haye ou ici, dans une de nos prisons obscures. Lui
pas. Qui dit mieux ? Le second exemple qu’il faut comprendre est beaucoup moins évident.
Nous voyons le président Soro raconter partout que les armes se sont
imposées à lui et qu’il a accepté de les prendre pour obtenir les
cartes d’identité de ceux au nom desquels la rébellion aurait été
organisée.

A écouter cette rhétorique, la rébellion serait le fruit de
frustrations ressenties par de nombreuses personnes privées de leurs
pièces d’identité. M. Soro et ses amis ont donc pris les armes pour
que cette identité soit rétablie et que ces droits soient reconnus.
Grâce à la rébellion, les FAFN auraient donc réussi à faire obtenir
leurs papiers d’identité et leur droit de vote à de nombreuses
personnes, dans un pays qui les excluaient. A écouter ce discours,
Guillaume Soro et ses amis des FAFN, devenues aujourd’hui FRCI,
auraient pris en otage une moitié du pays, partagé le pouvoir de
Gbagbo et les ressources de l’autre moitié pour que les questions de
l’identité et de l’électorat soient réglées. Dix ans de
criminalisation de l’Etat de Côte d’Ivoire, plus de 500 milliards de
francs cfa dépensés, de nombreux morts des deux cotés, une quantité
énorme d’armes mise en circulation, un accroissement de la
pauvreté et de la misère partout, mais pour quel résultat à part
l’enrichissement illicite des animateurs des FAFN et leur impunité ?
Telle est la question.

Supposons que Soro ait raison et que les armes se soient imposées
lui pour qu’il vienne obtenir les cartes d’identité et les cartes
d’électeurs pour de nombreuses populations de Côte d’Ivoire frustrées.
Regardons quel est le degré de robustesse, de pertinence de cette
proposition rhétorique. Une méthode simple mais heuristique est de
prendre l’évolution du nombre d’électeurs dans notre pays lors des
différentes échéances présidentielles et de voir quelle part nous
devons attribuer au travail héroïque de la rébellion de Soro et des
FRCI pendant les dix ans au cours desquelles ils ont impunément
endeuillé la Côte d’Ivoire. Aux élections présidentielles de 2000, il y avait en Côte d’Ivoire
près de 5,5 millions d’électeurs âgés de plus de 18 ans et ce chiffre
était en hausse de 1,7 millions par rapport à l’électorat de 1995. Ce
qui nous donne un taux d’accroissement de l’électorat entre 1995 et
2000 d’environ 31%.

En 2000, sur les 5 millions et demi d’électeurs, seulement 2.049.018
sont allés voter et nous avons enregistré un taux d’abstention élevé
de 62%, qui représente les citoyens passifs qui rendent moribonde
toute démocratie. En 2010, après dix ans de rébellion et l’inscription
de tous les frustrés de Soro, la liste électorale définitive donne
5.780.804 électeurs, dont seulement 4.689.366 ont voté. Rappelons que
le taux d’accroissement de la population électorale entre 1995 et 2000
était de 31% environ. Si nous appliquons mécaniquement ce taux

l’électorat de 2000, nous pouvons estimer qu’en 2005, si des élections
avaient eu lieu, nous aurions eu l’électorat de 2000 augmenté de 31%,
soit environ 1.650.000 personnes en plus, ce qui nous aurait donné en
2005 une liste de 7.150.000 votants potentiels. Et si nous appliquons
le même taux d’accroissement de 31% à ce nombre de 2005, nous aurions
obtenu en 2010,
théoriquement, compte tenu du profil démographique du notre pays et
toutes choses étant égales par ailleurs, une liste électorale en
hausse de 2.216.500 personnes, situant l’électorat potentiel à environ
9.366.500 personnes (7.150.000+2.216.500).

Or, après dix ans de rébellion, de tergiversations et après avoir
dépensé des sommes astronomiques pour un petit pays pauvre et
surendetté, nous n’avons obtenu que 5.780.804 électeurs. Alors de deux
choses l’une. Soit Soro a pris les armes et il a eu gain de cause et a
réussi à inscrire tous les frustrés identitaires, auquel cas, en
comparant la liste de 2000 avec celle de 2010 effectivement réalisée
par Soro et par la CEI, nous avons juste une différence de 280.804
électeurs (5.780.804-5.500.000). Dans ce premier cas de figure, Soro
devrait être bien déçu de ce piètre résultat. Entre 1995 et 2000, sans
rébellion armée, sans destruction de vies humaines, la liste
électorale a pu enregistrer des inscriptions supplémentaires de
1.700.000 personnes en seulement cinq ans. Or, entre 2000 et 2010,
donc sur une durée plus longue de 10 ans et après la prise des armes
par la rébellion, le pillage des zones CNO et l’enrichissement
des «com zones» et autres animateurs des FAFN, monsieur Soro, alors
premier ministre, n’est arrivé à obtenir les cartes d’identité et les
cartes d’électeurs que pour 280.804 personnes supplémentaires. Dire
les choses ainsi suppose que nous acceptions que les 280.804 personnes
aient été exclusivement inscrites du fait de l’action rebelle de Soro
et que les inscriptions des nouveaux majeurs ne sont pas prises en
compte ou bien sont le fait exclusif de Soro, que toutes les nouvelles
inscriptions ne sont dues qu’à l’action unique de l’unique Soro. Or
cette hypothèse elle-même est très osée et inacceptable de façon tout
à fait évidente. La rébellion de Soro, en termes d’obtention de
papiers d’identité, est d’un résultat très mitigé pour ne pas dire
inconséquent. L’effet Soro sur la liste électorale peut donc être
qualifié d’insignifiant statistiquement. Les rebelles auraient donc
pris les armes pour autre
chose que l’obtention des cartes d’identité et d’électeurs pour de
nombreuses populations en Côte d’Ivoire. Le mensonge d’Etat se dévoile
dans toute sa splendeur. N’est ce pas surprenant ?

Dans le second cas, le taux d’accroissement normal de l’électorat est
de 31% en prenant pour base les élections de 1995. Nous aurions dû
avoir donc théoriquement en 2010 environ 9.366.500 électeurs. Or dans
les faits, avec l’action conjuguée de la CEI et des armes de Soro,
nous ne sommes arrivés à obtenir que 5.780.804 inscrits sur la liste
électorale de 2010. On peut donc, en comparant ce qui aurait été
l’électorat sans les armes de Soro à ce qu’il a été avec les armes de
Soro, se rendre compte que l’électorat a reculé avec la rébellion. Au
lieu de 9.366.500 inscrits, nous n’avons eu que 5.780.804 personnes.
Quelle déception ! Dans ce second cas de figure, le seul effort
remarquable de la rébellion aura été l’exclusion de plus de 3 millions
et demi de personnes de la liste électorale (9 366 500 – 5 780 804 = 3
585 696). L’effet Soro serait ici négatif. Soro aura pris les armes
non pas pour obtenir les cartes
d’identité et les cartes d’électeurs pour des populations au nom
desquelles il tente aujourd’hui de se justifier, mais plutôt pour
empêcher une évolution normale, naturelle de l’électorat vers son
niveau optimal et adéquat.

La rhétorique de Soro est mensongère et criminelle. Dans le premier
cas de figure, elle est fondée sur une propagande apocryphe, car en
terme d’inscriptions sur la liste électorale, son effet est totalement
peu convaincant au regard des moyens justificatifs déployés de l’ex
chef rebelle. Dans le second cas, la rhétorique est criminelle, car sa
rébellion aura plutôt exclu des millions d’électeurs potentiels de la
liste électorale. Guillaume Soro fait du révisionnisme en essayant de
nous convaincre du contraire, alors que les faits sont si récents et
les témoins encore tous vivants.

Dans un cas comme dans l’autre, personne n’a fait mieux que Soro ces
dix dernières années (2002-2012). En plus, il faut noter qu’alors
qu’il était premier ministre au moment des élections de 2010, et avec
seulement 280.804 inscriptions supplémentaires, Mr Soro a obtenu au
premier tour des élections présidentielles 941.045 abstentions, c’est
à dire des électeurs passifs, identifiés, inscrits et qui ont soit
refusé d’aller voter, soit n’ont pas obtenu leurs papiers lors de la
distribution organisée par Soro, signataire du fameux Accord politique
de Ouagadougou. 500.000 personnes au moins sont dans ce dernier cas. A
ces abstentionnistes volontaires ou non, il faut ajouter 225.625
bulletins blancs ou nuls. Ce qui nous donne un total de 1.166.669
personnes qui étaient sur la liste électorale et qui, par exclusion,
par refus de voter ou par erreur de vote, ont participé négativement
au scrutin, sanctionnant ainsi l’ambiance de
terreur instaurée par la rébellion. Il n’y a qu’à voir la
distribution de ces abstentions sur l’ensemble du territoire pour le
comprendre. Cette tendance abstentionniste sera encore confirmée au
second tour des élections, où ce sont cette fois 1.091.438 personnes
qui ont regardé avec dégoût ce scrutin, refusant d’y participer, en
plus des 99.147 bulletins nuls ou blancs.

Dans le débat politique ivoirien, nous devons faire la chasse aux
contre-vérités et aux idées reçues passe-partout, non argumentées, non
démontrées et non fondées sur une rigueur analytique. C’est rendre
service à la démocratie que de chasser de la liberté d’expression
toutes les perversions de la dialectique et du charlatanisme dans la
rhétorique. Renforcer la démocratie ne signifie pas être au parlement,
dans un ministère ou bien à la présidence de la République. Notre
manière quotidienne de traiter les faits, d’analyser la politique,
l’économie et la société contribue elle aussi au renforcement de la
démocratie. De nombreuses personnes entendent le président de
l’Assemblée nationale parler, mais ses propos sont loin d’être
conséquents et rigoureux. Et ceux qui l’entendent se posent des
questions. De nombreuses personnes pensent que Soro est un homme
puissant qui contrôle les Frci ; elles se trompent. Dans la
dynamique de criminalisation de l’Etat instaurée par Ouattara, ce
n’est pas Soro qui contrôle les Frci, mais bien le contraire. Ce sont
les Frci, ex FAFN, qui contrôlent et Soro, et Ouattrara. Les discours
révisionnistes et mensongers ne servent qu’à rassurer leurs milices
armées érigées en armée républicaine et leurs supplétifs dozos, sur la
pérennité et la vulgarisation sur toute l’étendue du territoire du
mode de gestion qui a été appliqué pendant ces dix dernières années
dans les zones CNO. Et c’est une réalité: Le pays est de facto
administré par les hordes FRCI, les Factions Répressives de Côte
d’Ivoire. Nous sommes tous des otages et de potentielles victimes de
ces factions ethniques armées. Leur répartition sur l’ensemble du pays
n’est rien d’autre que le déploiement d’une armée de réserve qui
attend son heure, celle des élections, pour retourner l’ascenseur

leur serviteur d’aujourd’hui.

Alors que faire? Nous suggérons simplement que l’ONU prenne en main
notre ministère de la défense et de la sécurité et nous bâtisse une
armée, une gendarmerie et une police dignes d’une République moderne.
La réforme du secteur de la sécurité sera à ce prix. Autrement, nous
laisserons le destin sécuritaire de la Côte d’Ivoire dans les mains de
charlatans qui nous abreuveront chaque jour de propagande, de faux et
d’illusions dans le seul but de maintenir à leur profit la
criminalisation de l’Etat.

La victoire de notre pays sur sa profonde crise ne sera pas politique.
Ce ne sera pas celle d’un parti, ni d’un groupe ethnique encore moins
celle d’un homme. Elle sera d’abord une victoire des idées. Dans notre
pays, il y a ceux qui font la politique uniquement pour devenir
quelqu’un ou quelque chose, et ceux qui la font d’abord comme service
qu’ils offrent à leur pays, à sa population. Pour cette seconde
catégorie, les contorsions partisanes et les arrangements politiques
institutionnels qui violent les fondements doivent être abandonnés et
proscrits. La politique ne doit pas être vue comme l’art du mensonge
et de la roublardise, mais plutôt comme lieu de promotion et de
triomphe des principes et des valeurs qui fondent l’harmonie de la vie
en société, la vérité et la liberté.

Mamadou KOULIBALY
Président de LIDERguillaume-soro-m

Publié dans POLITIQUE

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