Côte d'Ivoire: l’enquête de la CPI suscite des réactions contradictoires

Publié le par patricknguessan

Par RFI

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) va pouvoir enquêter en Côte d’Ivoire sur des crimes contre l'humanité et des « crimes de guerre » commis après l’élection de 2010. L'entourage du chef de l'Etat Alassane Ouattara s'en félicite. En revanche, dans le camp de l'ex-président Laurent Gbagbo, on doute de l'impartialité de la justice internationale.

Les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont donné, vendredi 30 septembre 2011, leur feu vert au procureur Luis Moreno-Ocampo pour qu'il puisse enquêter en Côte d'Ivoire sur des « crimes contre l'humanité » et des « crimes de guerre » qui auraient été commis au lendemain de l'élection présidentielle de novembre 2010. Selon les Nations unies, plus de 3 000 personnes avaient été tuées pendant les violences qui avaient suivi le refus de Laurent Gbagbo de céder le pouvoir après le scrutin.

Alassane Ouattara a désormais l'assurance que la CPI va enquêter sur les crimes commis durant la période post-électorale et il ne peut que s'en satisfaire. Avant même sa prise de fonction, le président ivoirien avait dit et répété qu'il voulait que le cas de Laurent Gbagbo mais aussi les exactions les plus graves perpétrées par les forces qui avaient combattu pour son installation au Palais soient jugés à La Haye.

La CPI aura-t-elle le champ libre pour mener ses investigations ?

Si les premières inculpations sont encore loin d'être tombées, un pas est désormais franchi. « Nous n'avons ni gêne, ni crainte », a martelé, lundi 2 octobre 2011, le ministre ivoirien de la Justice Jeannot Ahoussou Kouadio. Selon lui, il y a « des gages d’impartialité puisque la CPI va enquêter partout, dans tous les compartiments de l’organisation de la société ivoirienne. Dans tous les partis politiques, que ce soit des militants du FPI (Front populaire ivoirien), des proches de Laurent Gbagbo, ou bien des proches du président Ouattara, ou des proches du président Bédié (qui a succédé à Houphouët-Boigny). Jeannot Ahoussou Kouadio a ajouté que « toute personne qui sera prise dans le cadre de cette enquête sera passible de sanctions prévues par les textes de la CPI ».

Le fait qu’une justice indépendante vienne en Côte d’Ivoire ne fait pas peur aux autorités en place. « Nous sommes sereins. D’ailleurs, c’est le président Ouattara qui a pris l’initiative d’inviter la CPI. Il n’y a pas de réserves, il n’y a pas de gêne. Le président Ouattara n’entend pas protéger des criminels », a ainsi affirmé le ministre de la Justice Jeannot Ahoussou.

Le camp de Gbagbo doute de l'impartialité de la justice internationale

Ces sentiments ne sont pas toujours partagés dans le camp de Laurent Gbagbo. Justin Koné Katinan, porte-parole de l’ancien président, a été catégorique, en considérant que la justice internationale n'a aucune légitimité pour juger le président déchu. Il a souligné que la CPI ne fait qu'appliquer les desiderata d'Alassane Ouattara et de Paris. Il en veut pour preuve que les juges ont rendu leur décision aussitôt après les passages à La Haye du ministre ivoirien des Droits de l'homme et du ministre français de la Justice : « Premièrement, elle (la CPI) n’a pas donné des signaux forts en Afrique. Deuxièmement, elle a été actionnée par celui qui est l’auteur de toutes les exactions depuis 2002. Troisièmement, elle s’est limitée uniquement à la période demandée par cette personne, Ouattara, alors qu’elle aurait pu aller jusqu’en 2002. Quatrièmement – et c’est qui est le plus important – c’est que cette décision a été prise le lendemain du jour où M. Mercier Michel, garde des Sceaux dans le gouvernement de M. Sarkozy en France, se déplace personnellement avec le dossier ivoirien sous ses aisselles pour rencontrer les autorités de la Cour. Et ce voyage fait suite également à un autre voyage effectué par le ministre des Droits de l’homme du gouvernement de M. Ouattara ».

Selon Justin Koné Katinian, si Laurent Gbagbo et ses proches doivent être jugés, cela doit être uniquement en Côte d’Ivoire : « Absolument ! Nous ne pouvons pas comprendre qu’on nous reproche d’avoir commis des fautes en Côte d’Ivoire et que M. Ouattara décide celles qui doivent être jugées en Côte d’Ivoire et celles qui doivent être jugées à La Haye. Nous attendons de répondre de nos actes devant les juges ivoiriens et non très loin (du pays).luis moreno ocampo

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