Contribution/ Cohabitation : Président de la République-Premier ministre Quel Premier ministre faut-il pour accompagner efficacement le président Alassane Ouattara ?

Publié le par patricknguessan

Pourquoi Ahoussou est Premier ministre de la réconciliation et du rassemblement des Ivoiriens

Des voies s’élèvent  de plus en plus  même dans son propre  camp pour décrier la gestion du premier ministre, Me Jeannot Kouadio-Ahoussou depuis son sa prise de fonction le 13 mars. Cette contribution que nous  proposons à votre lecture va certainement éclairer les uns et les autres sur la démarche Ahoussou à la Primature.

 

 

Dans notre pays la Côte d’Ivoire, le Premier ministre n’a pas de pouvoir constitutionnel propre. Il détient ses pouvoirs du président de la République, par délégation. Son rôle est d’assurer la coordination de l’action gouvernementale et d’en rendre compte au président dont il est en réalité un collaborateur. Le président de la République, est et demeure par la volonté du législateur, la «Clé de voute», de la Constitution et du système institutionnel ivoirien. C’est pour cette raison qu’on a pu dire, qu’il s’agissait d’un régime présidentiel fort, dans lequel le Premier ministre, n’est que le Premier des ministres. Cette conception du Premier ministre « béquille du président de la République» est donc ancienne en Côte d’Ivoire. Admise par la majorité de nos concitoyens, elle a été l’une des raisons majeures des blocages qu’ont subi les Premiers ministres en fonction de 2003 à 2010, qui ont vu la plupart de leurs initiatives paralysées par le président d’alors. Rappelez-vous également, qu’en 1990, lors de la création de ce poste, le Premier ministre de l’époque, M. Alassane Ouattara avait été présenté comme un spécialiste des questions économiques et financières, sur qui le président s’appuierait pour régler les problèmes dans ces domaines, afin d’être plus disponible pour les autres dossiers. Dans un tel contexte, la question que l’on est fondé à se poser dans l’absolu est la suivante : Quel premier Ministre faut-il aujourd’hui pour la Côte d’Ivoire ? Le postulat qui sous-tend cette conception, est qu’une harmonie entre le président de la République et le Premier ministre est le gage essentiel du maintien de la paix sociale et un préalable à une collaboration efficace qui conduise à un développement réel, dans un pays comme la Côte d’Ivoire où la démocratie reste à parfaire. Cela étant, la question fondamentale devient : quel Premier ministre faut-il pour accompagner efficacement le président Alassane Ouattara dans la mise en œuvre de son programme ? Pour accompagner harmonieusement le président Alassane Ouattara, il faut un premier Ministre dont les champs de compétence et d’intervention complètent utilement ceux du président. Ce dernier doit être capable d’agir avec succès dans les domaines que le président maîtrise peu ou dans ceux pour lesquels il n’a pas envie ou pas le temps d’agir. Assurément, ce premier Ministre ne devrait pas être un homme ou une femme issu des milieux économique et financier pour la simple raison que si tel était le cas, le premier Ministre ne serait que l’ombre du président ou sa main pour exécuter et en définitive une doublure qui balaie le même champ de compétence que le Président et fait double emploi avec lui au lieu d’élargir son champ d’intervention. En effet, l’ancien Gouverneur de la Bceao, l’ancien Directeur général adjoint du FMI, l’ancien Consultant et conseil de nombreux chefs d’Etat dans le monde ne délèguera jamais, ni la conception, ni l’application, ni l’évolution, ni même le contrôle des politiques économiques et financières, ni la conduite des grands chantiers qui pour lui, sont les raisons fondamentales de la présence au poste qu’il occupe. Le président de la République ne pourrait pas ne pas écrire le scénario, ne pas être l’acteur principal, bref, ne pas être ‘’sur la photo’’ en tant que point focal. A cet égard, il est révélateur de constater que l’ex-Premier ministre Soro Kigbafori Guillaume qui avait bien compris la leçon, avait choisi d’être aux côtés du président économiste et financier, le Premier ministre de la sécurité et de la défense, laissant au Président et à son équipe rapprochée, le temps et le loisir d’agir librement et pleinement dans ces domaines. En lui succédant, Jeannot Kouadio Ahoussou aura fort heureusement cerné le fonds du problème. Aussi, s’inscrira-t-il dans cette logique et trouvera-t-il ses propres créneaux, en fonction de son génie, de sa trajectoire personnelle, du contexte des intérêts supérieurs du pays et de l’espace à lui laissé pour agir par le président et ses conseillers. En conséquence, fera-t-il l’option d’être le Premier ministre de la réconciliation et du rassemblement des Ivoiriens, de la justice et de la sécurité judiciaire, des grands dossiers sociaux (cherté de la vie, travail, éducation, santé) de la bonne gouvernance et de l’éthique, ainsi que du développement durable. En un mot, il a à cœur de panser les plaies des Ivoiriens et de créer une nouvelle synergie pour le bon vivre dans notre pays. Dans ces rôles de rassembleur et de ‘’défenseur de la veuve et de l’orphelin’’ auxquels le prédisposent son histoire personnelle, son talent d’avocat, son expérience politique et ses qualités humaines propres dont notamment un grand sens de l’écoute, un sens de la répartie et de la formule, Kouadio-Ahoussou Jeannot est à l’aise. Il sait faire rapidement des synthèses et les proposer en arborant son légendaire sourire pour faire avancer le débat. A cet égard, il peut être une carte maîtresse du jeu du président pour faire avancer certaines négociations. Jeannot Kouadio-Ahoussou a également l’humilité de savoir qu’il ne peut être ni le rival du président de la République, ni une voie de recours possible. Même si, comme le disent les Français : « On ne peut être à Matignon, sans regarder du côté de l’Élysée», il n’ignore pas que nul n’est parti directement de Matignon à l’Elysée. Il n’ignore pas non plus que s’il advenait qu’il ait d’autres ambitions, ce sont des ‘’propres frères’’ du Pdci qui se chargeraient de lui, pour les avoir dépassés. Ahoussou Jeannot a l’humilité de savoir qu’il ne peut être l’égal du Président

Ouattara, ni même une voie de recours possible Avec lui, le président peut dormir tranquille sur ses deux oreilles, parce qu’il a vocation de construire à l’image du Pdci-Rda, la paix et la cohésion nationales facteurs de cohésion sociale. Le rêve de Jeannot Kouadio-Ahoussou est de réussir dans sa tâche actuelle et de bénéficier de la reconnaissance des Ivoiriens pour avoir été un Premier ministre à l’écoute et aux côtés d’un président qui veut laisser son empreinte. Kouadio Ahoussou Jeannot aurait tort de ne pas comprendre que sa réussite passe par l’ouverture et la conclusion heureuse de grands dossiers, car l’histoire ne retient que les grands bâtisseurs. Toutes choses qui l’inclinent à marcher sur les plates-bandes de personne, mais de suivre le destin que Dieu lui a choisi. C’est la raison pour laquelle avec la droiture et l’humilité qui le caractérisent dans l’ombre du président, mais avec la persévérance d’un coureur de fonds, il aura ouvert de grands dossiers qu’il mène avec passion et un succès réel.

 

I-Le dialogue gouvernement-Opposition

 

Ce traitement de ce dossier est assurément celui dans lequel le premier Ministre aura le plus joué sa crédibilité et engagé son énergie. Il est à n’en point douter, celui où ses résultats sont les plus positifs et les plus palpables. En effet, comment amener à la table de négociation, une opposition qui posait comme préalable à toutes rencontres la libération de son leader, Laurent Gbagbo, mis en examen et détenu par la CPI à la Haye, qu’elle continue de considérer comme président légal et parti au pouvoir d’une part, celui du président Ouattara d’autre part, qui estime avoir été la plus grande victime de la répression de l’ex-pouvoir ? Dans ces conditions, comment réussir sa mission, sans être accusé de pactiser avec le diable, le diable étant pour chacun, l’autre ? Mais surtout, comment conduire tous ces «frères ennemis» à accepter de mettre les intérêts de la nation, au-dessus de celui de leur parti ou de la communauté ? Puis les amener à accepter une plateforme minimale d’échanges et de bons procédés afin d’éviter que le pays ne sombre dans le chaos et ne demeure dans une violence sans fin ? A la surprise de nombreux observateurs dont peut-être le président lui-même, Jeannot Ahoussou-Kouadio, était entrain de réussir ce pari, puisque avec beaucoup d’humilité et de tacts, il a rétrocédé ce pouvoir à son aîné le Président de la CDVR

 

2-La Justice et la sécurité judiciaire

 

Les succès du premier Ministre dans le dom aine de la justice sont presque spectaculaires. En en effet, dans un «sprint» digne des prouesses olympiques, il aura parcouru les différents lieux de détention des dirigeants politiques de l’ex-régime, en un temps record, pour instruire les procureurs d’ouvrir des dossiers afin d’enrôler leurs cas, de donner une légalité à leurs arrestations intervenues en pleine crise, dans des conditions difficiles. Une fois l’ordre mis dans les dossiers judiciaires, il s’attèlera à la réfection des prisons et à la l’amélioration des conditions de vie et de sécurité. Que dire de l’épisode plus que réussie du transfèrement de l’ex-président Laurent Gbagbo à la Haye, faite sans la moindre effusion de sang, à la sur- prise générale, et sans humilier l’ancien président (ce que certains n’auraient jamais pardonné au pouvoir actuel) qui aura sa simplicité et sa célérité, surpris plus d’un Ivoirien. De même des dossiers d’enquête bloqués depuis plus d’une décennie, comme ceux relatifs à l’assassinat du général Guéi, de son épouse et de sa maison, connaissent des avancées réelles. Certains, malgré ses succès, disent que beaucoup reste à faire en la matière, pour parfaire la sécurité judiciaire, dans le pays, pour tous et particulièrement pour les hommes d’affaires qui attendent cela avec une impatience à peine retenue. Le premier Ministre, malgré ses succès, visibles et reconnus de tous, sait cependant que l’on attend davantage de lui. C’est pourquoi, en sa qualité de ministre de la Justice, il n’a pas hésité à faire l’état des lieux du système judiciaire de la Côte d’Ivoire, en donnant lors d’une rentrée judiciaire solennelle et magistrale à Yamoussoukro, l’occasion au chef de l’Etat de présenter son programme pour la gouvernance judiciaire et promettre la création future d’une cité judiciaire dans la capitale politique.

 

3- Forum social

 

Dans l’attente du point d’achèvement de l’initiative PPTE, de nombreuses promesses avaient été faites à divers protagoniste du tissu social relatif à la revalorisation de leur statut, de leur rémunération et de leurs conditions de travail. Des magistrats aux enseignants, en passant par les cadres de la santé, tous attendaient le point d’achèvement de l’initiative PPTE en juin 2012 pour bénéficier des fruits de leurs luttes syndicales. Quant à l’occasion de la dernière fête de travail en mai 2012, le premier ministre qui assurait l’intérim du Président l’imminence du forum social, il coupa l’herbe sous les pieds des syndicats et associations décidés à jouir de leur part des fonds issus de l’achèvement du processus ci-dessus cité, joignant l’acte à la parole, Jeannot Ahoussou-Kouadio réussit quelques mois après à procéder à l’ouverture dudit forum social avant que les opposants reprennent l’initiative et perturbent fortement un climat social déjà délétère. Ce fut à nouveau un bon point à porter à son crédit, et qui n’aura pas échappé au Président ni aux observateurs. Mais attention, il lui faut «marquer l’essai» afin que la montagne du forum social n’accouche pas d’une souris. Ce qui relativiserait son succès dans ce domaine. Aussi en marge de ce prochain sommet, a-t-il convaincu lors d’un séminaire gouvernemental, les ministres à harmoniser leurs connaissances sur la problématique de la gestion foncière. Ce qui devrait permettre aux décideurs gouvernementaux d’apporter une ébauche de solution à la question de la sécurité foncière qui reste la trame principale de tous les conflits en Côte d’Ivoire.

 

4- La bonne gouvernance et l’éthique

 

En la matière, la Côte d’Ivoire avait dangereusement reculé vers le fond du classement et s’approchait des pays à gouvernance routeuse, où la corruption, les dérives éthiques et autres étaient légions. Le premier Ministre a d’abord transformé l’arsenal juridique et judiciaire, afin que les textes permettant de légiférer, de traquer le mal et sévir, existent et soit applicables. Déjà de nombreux hauts cadres ont été remerciés sur des questions éthiques et/ ou de gouvernance. S’il faut surtout y voir ‘’la marque du président’’, le rôle du premier Ministre à ce niveau n’est pas à négliger. Cependant, il leur faudra aller plus loin ensemble, dans ces domaines, car les Ivoiriens exigent davantage d’eux et les attentes sont grandes et nombreuses.

 

5-La lutte contre la pauvreté et pour la hausse du pouvoir d’achat

 

Dans une économie libérale qui sort de la guerre avec des pénuries de presque toutes les denrées de base, la logique veut que les prix qui sont librement fixés par le marché marquent une tendance inflationniste réelle et quasi insupportable. C’est ce moment que le premier Ministre choisit dans la droite ligne de l’application du programme du président pour lancer la campagne contre la vie chère. On est donc tenté de penser qu’un tel programme par essence porte en lui-même les germes de son échec programme. Or force est de reconnaître aujourd’hui que le gouvernement a marqué des points, car les prix des principales denrées de base : riz, sucre, farine, et autres sont restés stables, sinon ont baissé et d’autres actions sont en cours dans ce sens. La population consciente de ces efforts, n’a pas maintenu une pression insoutenable sur le gouvernement. Mais ce chantier bien engagé gagnerait à être bien conclu lui aussi.

 

6- L’éducation et la formation

 

Posant ses pas dans ceux du président, le premier Ministre Jeannot Kouadio-Ahoussou s’est impliqué personnellement dans le dossier de reconstruction et de réhabilitation des universités et des grandes écoles. Il est donc naturel qu’il ait part au succès qu’engendre cette opération. Et, c’est à juste titre que le président de la République l’a nommé Président de la commission d’audit en charge d’examiner ce dossier : du reste mis en chantier par ses proches. Selon certaines indiscrétions, le premier Ministre s’apprêterait à recevoir élèves, étudiants, enseignants et parents d’élèves afin d’obtenir d’eux «une paix des braves» qui les conduirait à prendre soin «en bon père de famille» des installations mises à leur disposition et à faire en sorte que ces lieux retrouvent leur vocation de «temple du savoir».

 

7-Le développement durable

 

Les forets classés et les parcs nationaux sont progressivement revalorisés et protégés de façon adéquate avec le souci de la recherche de partenaires compétents, bilatéraux et multilatéraux pour un développement durable. L’exploitation forestière a été limitée en dessous du 8ème degré parallèle, afin de ne pas accélérer la désertification du Nord, et le gouvernement demande aux exploitants d’être de vrais industriels qui limitent les gaspillages et les destructions. La salubrité urbaine fait l’objet d’une attention soutenue du gouvernement, et des actions pour limiter les nuisances des plastiques et autres denrées non biodégradables est en cours. De même que la question de la gouvernance foncière a été posée par le premier Ministre dans le cadre d’un séminaire gouvernemental. Le gouvernement Jeannot Kouadio-Ahoussou est au travail et le Premier Ministre coordonne l’action gouvernementale avec un succès réel, n’en déplaise à ses détracteurs qui tentent de faire croire qu’il n’en fait pas assez et que le Président serait déçu de lui.

Mais Ahoussou peut-il faire plus ?

Quand de par nos textes et la volonté du Président de la République, il n’est que le premier Ministre, c’est-a-dire le Premier des Ministres. Jeannot Kouadio-Ahoussou doit cohabiter avec des Ministres qu’il n’a pas choisit, et dont la plupart, rendent compte directement au Président de la République, dont-ils sont proches, soit par l’appartenance au même parti, soit par l’appartenance communautaire ? Ceux qui reprochent l’intrusion de l’appartenance communautaire dans les critères de choix de ses collaborateurs au Premier Ministre gagneraient à mieux examiner l’ensemble de son cabinet avant de se prononcer. Ah, l’appartenance communautaire, comme mode de choix des collaborateurs !!! Pourquoi le Premier Ministre devrait-il être le seul à y déroger ? Ceux qui le lui reprochent sont-ils aussi propres qu’ils le prétendent ? L’option pour l’appartenance communautaire, dans le choix de ses collaborateurs, doit assurément, le temps venu, faire l’objet d’un débat national et nous devons ensemble faire des choix de société afin que notre pays se retrouve et rassemble ses filles et ses fils au-delà des identités communautaires. Si le message de ceux qui attaquent, menacent et vilipendent le Premier Ministre afin d’obtenir du Président son limogeage vise à lui faire comprendre que comme Antigone de Sophocle, menaçant son roi lui a dit, et je cite : « malgré tous vos lauriers, craignez encore la foudre»: alors Jeannot Kouadio-Ahoussou pourrait leur répondre, en s’inspirant également de Antigone de Sophocle : « J’ai fait ce que je peux, que Dieu fasse le reste» car je ne suis attaché qu’au service de mon pays». Jeannot Kouadio-Ahoussou ne cherche pas à impressionner les Ivoiriens, mais voudrait être impressionné par eux, dans l’union, la discipline et le travail dans la volonté commune de vivre ensemble. Il a fait sienne, cette pensée de Félix Houphouët-Boigny: la paix exige un effort de volonté, un effort de soi, un effort de courage, et le courage politique se situe à ce niveau qui est de bander son cœur devant une situation qu’on ne peut corriger du jour au lendemain, mais par le seul souci de parvenir un jour par sa ténacité, par son amour communautaire, par sa foi dans la paix, à renverser cette situation».

 

Source : in intelligent d’Abidjan.

NDLR : Le titre et le chapeau sont de la rédaction 

Publié dans POLITIQUE

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